Le Blog de Charles Kabuya

DOSSIER GRAND MARCHÉ DE KINSHASA : L'INTÉRÊT PUBLIC DOIT PRIMER SUR LES INTÉRÊTS PRIVÉS

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L'empressement avec lequel l'autorité territoriale nationale intervient de manière comminatoire dans le dossier de la SARL SAFRICOM, bénéficiaire d'une concession au marché central de Kinshasa, laisse quelque peu perplexe.
En effet, le ministère de l'intérieur semble prendre parti et s'ériger en garant exclusif des intérêts d'un particulier.

 

1. De quoi s'agit-il ?
Le 13 juin 2005 la société Safricom avait signé une convention de concession avec la ville de Kinshasa aux termes de laquelle elle avait l'obligation de faire un certain nombre d'aménagements dans le marché central en vue d'une exploitation optimisée de ce dernier. Mais l'opinion publique sait ce qu'il est advenu du marché central de Kinshasa : un foutoir, un dépotoir, incapable de contenir les marchands dans un espace rongé par des constructions dérogeant aux normes et provoquant des débordements anarchiques sur les rues adjacentes. Chose grave, certaines de ces constructions ont été érigées par le concessionnaire sur la voirie urbaine, bouchant les caniveaux et occasionnant des inondations dans le secteur.


À son entrée en fonction il y a un an, le nouvel exécutif de la ville a trouvé cette situation dont se plaignait la population depuis plusieurs années et qui appelait des mesures urgentes. Ce d'autant plus que le nouveau gouverneur élu avait pris l'engagement durant sa campagne d'initier une vaste action de salubrité dans la ville de Kinshasa.
"Kin Bopeto" a d'ailleurs été lancée par le Chef de l'état en personne, plaçant ainsi sous son haut patronage cette opération de salubrité de la capitale.


C'est dans ce cadre, constatant l'état du marché central, devenu un goulot d'étranglement sur un espace dédié au commerce, que le Chef de l'exécutif provincial a choisi l'option de résilier la convention de concession dont bénéficie la Société Safricom, jugeant à l'évidence qu'elle n'a pas rempli sa mission qui est la réalisation d'un service d'intérêt général. Cette option est prévue à l'article 20 de ladite convention.


Mais comme on l'a vu dans sa dernière correspondance adressée au gouverneur de la ville de Kinshasa, le ministère de l'intérieur évoque des décisions de justice pour intervenir de manière hiérarchique comme s'il était question d'une simple matière administrative à compétence partagée, alors qu'il s'agit en fait d'une périphétie judiciaire dans laquelle la ville défend l'intérêt public. Ce faisant, l'autorité territoriale nationale fait fi de la loi organique n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux de la libre administration des provinces et apparaît ainsi dans le rôle incongru et fâcheux du défenseur des intérêts privés...


Du reste, les décisions judiciaires en question sont en partie conséquentes de quelques erreurs de procédure de certains mandataires judiciaires de la ville, intervenues en cours d'instances. Sur le fond, ces décisions ne remettent pas en question le bien-fondé de l'exécutif de la ville à mettre fin à une convention au nom de l'intérêt public.


D'autre part, les termes du référé-liberté évoqués en contradiction avec le fait même que la société Safricom, appartenant à des sujets étrangers, bénéficie d'une convention de concession juteuse avec la ville de Kinshasa, chose dont la réciprocité n'est pas certaine... Ceci prouve à suffisance la qualité d'accueil de notre ville et n'exonère pas lesdits sujets étrangers de l'application d'une mesure de résiliation en cas de défaut de réalisation du service d'intérêt général assigné.


Enfin, contrairement à ce que laisse supposer le ministère de l'intérieur, Safricom Sarl n'est pas une société étrangère ayant investi dans le cadre du code des investissements congolais. C'est une société locale, de droit congolais, opérant dans notre pays depuis plusieurs années. Le fait qu'elle soit dirigée par des sujets étrangers (encore s'ils ne possèdent pas la nationalité congolaise) ne lui confère aucun caractère d'extranéité.


De ce qui précède il est clair que l'invocation des motifs chargés d'arrière-pensées sur un éventuel abus de pouvoir ou une discrimination fondée sur l'origine des opérateurs économiques ne serait que fallacieuse.

 

2. Que vise le gouverneur de Kinshasa ?
L'objectif visé sur ce dossier par le Chef de l'exécutif provincial est l'intérêt général. L'espace du Grand marché est devenu un dépotoir insalubre, une honte en plein centre de la capitale, à tel point que ces dernières années beaucoup ont appelé à ce qu'il soit rasé. Ceux qui ont été à Dakar, Lomé, Cotonou etc. ont vu comment les autres capitales ont construit des marchés modernes. Kinshasa, avec son important volume d'activités marchandes mérite la même chose. Un seul individu ne peut pas bloquer la modernisation d'une infrastructure aussi importante juste pour préserver ses propres intérêts, qui ne profitent d'ailleurs qu'à lui-même, car la ville n'en tire aucun profit alors que les besoins financiers de la capitale sont immenses. On pourrait même considérer que la ville est spoliée depuis 15 ans par le truchement d'un contrat manifestement léonin, et par-dessus tout mal exécuté par le concessionnaire.


La réhabilitation envisagée du marché central de Kinshasa recueille les faveurs de la population kinoise qui souhaite voir cet espace situé au coeur du quartier des affaires de Kinshasa rendu salubre et fluide pour la clientèle, et exploité dans l'intérêt de tous et non pas seulement au profit de quelques intérêts particuliers. Mais  grâce  à une propagande insidieuse autant que pernicieuse, la position du gouverneur est beaucoup moins comprise alors qu'il est dans une dynamique de modernisation du Grand marché, tandis que le concessionnaire en défaut a rameuté ses soutiens pour défendre ses intérêts privés et garder le statu quo. Ce dernier signifie conserver ce marché en l'état, dans les conditions de crasse, de délabrement et d'insécurité que nous connaissons.

 

Ce marché central qui faisait la fierté de Kinshasa est devenu un dépotoir insalubre, alors qu'auparavant il était une attraction quasi touristique, même pour les occidentaux en visite à Kinshasa. Malgré mon jeune âge à l'époque, je me souviens que lors d'une visite officielle dans notre pays, le président guinéen Sékou Touré avait visité le Grand marché de Kinshasa. Qui oserait aujourd'hui faire visiter ce bourbier à un hôte de marque ?


Les autorités publiques nationales devraient plutôt appuyer l'action de salubrité publique engagée par le gouverneur de la ville-capitale et non se mettre en porte-à-faux...

 

Me Charles KABUYA



10/06/2020
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