Le Blog de Charles Kabuya

RDC: LA "COHÉSION NATIONALE", ARLÉSIENNE ET SERPENT DE MER...

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Alors que le monde politique congolais guette la petite lucarne de la télévision nationale dans l'interminable attente de l'annonce du gouvernement dit de "cohésion nationale" tant promis, il serait bon de faire un retour en arrière pour effectuer un rapide "inventaire" de notre attitude vis-à-vis de la problématique de "l'Unité nationale".

A ce sujet, parmi les questions que l'on peut se poser il y a notamment celles-ci: 
Avons-nous jadis été unis? Avons-nous une réelle volonté d'aller vers l'unité?
Le mot "Unité" est un leitmotiv dans la bouche de tous les congolais, la classe politique en a fait pratiquement un mantra dans la formulation des professions de foi politiques. Mais au-delà des postures unitaristes et des formules incantatoires qu'en est-il réellement de notre propension à l'unité, ou plus exactement notre capacité à nous unir? Depuis notre indépendance avons-nous évolué ou avancé sur ce thème qui nous est si cher?

L'on se souviendra qu'à l'issue des premières élections organisées pour mettre en place les institutions du nouvel état indépendant, le MNC/Lumumba fut en tête avec le tiers des voix sur le plan national. C'est ainsi que Lumumba fut chargé de former le premier "gouvernement d'union nationale" congolais. La tâche était presque insurmontable car la configuration de la Chambre des députés était très atomisée. Il y avait 15 partis politiques de toutes tendances possédant des députés. Cela fut considéré à l'époque comme une situation unique au monde. Néanmoins, après moult écueils Lumumba parvint à présenter au Parlement un gouvernement regroupant en son sein 94% des tendances représentées. Mais malgré cela il n'obtint que 54% des voix (!) Eh oui, il y avait encore de nombreux déçus malgré la prise en compte de toutes les tendances...

Il faut dire que les partis politiques eux-mêmes étaient divisés. Après leur naissance ils connurent très vite des dissensions ou des scissions: l'Abako connaîtra la division avec l'aile de Daniel Kanza, le MNC se scinda en trois (ailes Lumumba, Kalonji et Nendaka), le Cerea se scinda aussi (ailes Kashamura, Weregemere, Busikiro), le PSA se divisa en ailes Gizenga et Kamitatu etc... Même au Katanga, la Conakat de Moïse Tshombe perdit son alliance avec Jason Sendwe, le leader des Balubakat.
La suite on la connait, ce premier gouvernement d'union nationale ne tint que deux mois. Le reste ne fut qu'une histoire de divisions, sécessions, rebellions qui prit fin avec le coup d'état du général Mobutu, qui d'ailleurs ne parviendra à stabiliser le pays qu'en mettant en quarantaine les institutions démocratiques et en recourant aux mercenaires européens et sud-africains pour mater la rébellion.

Après cette parenthèse autocratique de 32 ans, le processus de transition initié dans la plupart des pays africains échouera dans notre pays, à cause toujours de la division de la classe politique. Alors qu'Etienne Tshisekedi fut élu premier ministre par la Conférence nationale souveraine (CNS), les intrigues politiques empêchèrent la mise en place de la transition. Les retournements de veste, la cupidité et la soif de pouvoir des hommes politiques congolais furent étalés sans scrupules, pour le grand plaisir du "Guide" Mobutu qui en profita pour diviser de plus belle. L'opposition se scinda en deux ailes, avec d'un côté l'UDPS et ses alliés, et de l'autre ceux qui s'opposaient à eux dans l'opposition et dans le camp présidentiel. En effet, des "opposants" comme Mungul Diaka, N'Guz a Karl I Bond ou Faustin Birindwa (transfuge de l'UDPS) torpillèrent le processus en s'alliant avec le camp présidentiel. L'atomisation de la classe politique n'épargnera aucun parti, même l'UDPS connaîtra elle aussi des scissions avec notamment le départ de Kibassa Maliba et d'autres poids lourds. Dans le camp présidentiel ce n'était pas mieux, les anciens caciques du MPR ne purent maintenir à flot l'ex-Parti-Etat, beaucoup créèrent leurs propres partis, à l'instar de Kengo wa Dondo avec l'UDI.

Finalement Mobutu ne partira que par la force des baïonnettes. Et très rapidement le pays va replonger dans la guerre, la division et les atrocités inhumaines dans la partie orientale. Une paix des armes ne sera obtenue qu'après un partage du pouvoir entre les "tontons flingueurs", dont la plupart étaient (ou sont encore?) téléguidés par leurs alliés depuis l'extérieur du pays.

Aujourd'hui encore tout ceci donne l'impression que l'histoire se répète, on a le sentiment de faire un mauvais rêve, hanté par les mêmes personnages (certains font toujours l'actualité). Les mêmes démons de la division nous entraînent au coeur de la nuit noire et sans perspective. Que ce soit au pays ou dans la diaspora (politiquement dynamique ces dernières années) toutes nos initiatives se heurtent à la barrière du divisionnisme. Il est évident que nous ne sommes pas encore prêts pour nous unir, surtout pas après une élection quelconque...

 
Alors, "Unité", "Cohésion nationale", c'est comme une chanson bonne à écouter, sans plus...
Pauvre Congo...



18/09/2014
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