Le Blog de Charles Kabuya

RD CONGO - CONGO-BRAZZA : SÉPARATION DES CORPS...

7 avril 2014 113.jpg

 

Ce n'est pas la première fois qu'une mesure d'expulsion est prise à l'encontre des ressortissants de la RDC vivant au Congo-Brazza. Je me souviens que sous le président Mobutu les ressortissants du Zaïre (à l'époque) furent quelques fois brutalement refoulés. Généralement ces incidents ne donnèrent pas lieu à des crises diplomatiques ou relationnelles. D'ailleurs les Rd congolais ne sont pas les seuls à qui l'on reproche des choses par leurs voisins. On a vu des zimbabwéens indésirables en Afrique du Sud, des camerounais mal vus au Gabon et en Guinée équatoriale, ou encore des nigérians accusés de tous les maux au Bénin et dans d'autres pays limitrophes. 

Cette fois-ci l'opinion rd congolaise est beaucoup plus choquée, non seulement par l'ampleur de la mal nommée opération "Mbata ya bakolo" ("La gifle des aînés" ???) qui à ce jour approche les 100.000 retours, mais surtout par la brutalité et l'inhumanité des conditions de refoulement. Il ne fait l'ombre d'aucun doute que des exactions de toute nature et des crimes importants ont été commis, les preuves et témoignages sont nombreux.

Si cette opération a au moins un mérite, c'est celui d'avoir mis en évidence une réalité jusque-là latente: c'est ampleur de la xénophobie au sein de la population du Congo -Brazza à l'endroit des Rd congolais. Plus choquant encore, à part de très rares exceptions (je salue l'écrivain Alain Mabanckou), la plupart des intellectuels du Congo-Brazza se sont murés dans un silence assourdissant alors que des exactions inacceptables avaient lieu à portée de leurs yeux ou de leurs oreilles. C'est comme ci nos frères d'en face avaient libéré à cette occasion la violence immanente qui caractérise la société du Congo-Brazza, et qui s'était déjà manifestée lors de la terrible guerre ethnique qui les a opposés il y a quelques années au moment de la conquête du pouvoir par le président Sassou Nguesso.

Certains ont expliqué les causes économiques et sociales à la base du malaise dans la cohabitation avec les populations de plus en plus nombreuses venues de la RDC. Si certaines de ces analyses comportent une part de vérité, le gouvernement du Congo-Brazza (qui a le droit souverain de réguler les flux migratoires sur son sol) pouvait procéder de manière civilisée et en concertation avec le pays d'origine afin de lui permettre d'organiser l'accueil des populations refoulées. Au contraire, son attitude a encouragé la délation honteuse au sein de la population et favorisé la chasse à l'homme dans certains quartiers de Brazzaville et de Pointe-Noire. Cette jubilation manifeste dans l'humiliation du "Zaïrois" apparaît psychologiquement comme une revanche sur cet imposant voisin dont on arrive pas à se défaire culturellement, tant le mode vie, le mode de consommation ou la culture musicale du kinois a toujours fasciné le brazzavillois qui se résigne au rôle copie...

D'autres insistent sur les différences qu'il y aurait entre nous, oubliant que nos frontières sont héritées d'une colonisation somme toute récente, et qu'il s'en ai fallu de peu pour que Stanley n'arrive avant Savorgan de Brazza au pool, sinon le drapeau du roi des belges flotterait aussi sur la rive droite du fleuve Congo. Certes nous avons été colonisés par les belges qui n'avaient pas généralisé l'instruction de la langue française au contraire des colonies de la France, certes nous avons arraché notre indépendance contrairement à celle qui a été octroyée par De Gaulle, mais nos héros nationaux ont été adulés au Congo-Brazza, les discours de Lumumba, voire de Mobutu étaient suivis avec beaucoup d'entrain dans les chaumières brazzavilloises. N'en déplaise à certains, nous partageons beaucoup de liens de parenté de part et d'autre d'une frontière de plus de 2.000 km.

"Le vin est tiré, il faut le boire" dit-on. Aujourd'hui il est souhaitable que nos ressortissants rentrent au pays. Ce dernier est si vaste qu'il peut absorber un millions de ses citoyens qui auront compris que le salut n'est pas dans l'émigration, et qu'il vaut mieux vivre chichement chez soi qu'être humilié à l'étranger.

 
Cependant, en conduisant cette opération avec autant de brutalité, le président Sassou Nguesso aura ouvert la boîte de pandore et pris le risque de braquer les populations de nos deux pays. Alors que nous avons les deux capitales les plus rapprochées du monde, on peut se demander pourquoi il a fallu déplacer notre ministre des affaires étrangères, porteur d'un message auprès de Sassou Nguesso, dont ce dernier a fait peu cas apparemment, et qu'il faille encore dépêcher la deuxième personnalité de l'état qui est le président du Sénat Kengo wa Dondo, pour juste essayer d'obtenir une pause dans ces opérations. 

D'où vient cette nouvelle arrogance de Denis Sassou Nguesso? Certains voient des ombres se profiler derrière lui, avec ses nouvelles accointances avec le rwandais Kagamé, et les avions rwandais qui atterrissent à Maya-Maya (en face de Kinshasa) Ils n'hésitent pas à pointer du doigt ce qu'ils voient comme l'émergence d'un nouvel axe Brazzaville-Kigali-Kampala. Dans le schéma opposé, on peut aussi noter que le président tanzanien (soutien militaire de la RDC à l'est) était à Kinshasa et qu'il est passé par Luanda au retour...


Apparemment, le fleuve Congo ne semble plus couler dans le même lit...



13/05/2014
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