Le Blog de Charles Kabuya

LES KIVU NE SERONT JAMAIS "LES SUDèTES"...

 

 

Le recours à l’histoire a pour vertu de tirer les leçons du
passé pour mieux appréhender les situations nouvelles. Certaines similarités historiques
interpellent, elles peuvent servir de mise en garde pour l’opinion, et surtout,
pour les gouvernants afin de leur éviter des erreurs tragiques. Ne dit-on pas
que l’histoire est un eternel recommencement ?

 

L’histoire des Sudètes
semble indiquée pour évoquer la tragédie qui se déroule actuellement à l’est de
la RDC et qui risque de conduire à une catastrophe annoncée. Les « Sudètes »
constituaient une région tchèque bordant le 3ème Reich allemand. Cette région
était peuplée majoritairement de populations allemandes migrantes. Après son
avènement au pouvoir, Hitler réclama le rattachement des « Sudètes »
à l’Allemagne. Il obtint gain de cause car à l’époque les puissances européennes
étaient soucieuses de ne pas indisposer le dirigeant Nazi. Hitler était arrivé
à ses fins en instrumentalisant les populations allemandes des « Sudètes »
au nom du « pangermanisme », une notion d’identité raciale. Mais, l’annexion
des « Sudètes » par Hitler et l’invasion de la Tchécoslovaquie
déclenchèrent la 2ème guerre mondiale. Finalement, les « Sudètes »
furent restitués après la défaite de l’Allemagne.

 

Depuis quelques années, la frontière orientale de la RDC est
devenue une zone de turbulences communautaires où les conflits sont chroniques.
Elle fait l’objet de convoitises diverses de la part de certains états
riverains et des intérêts maffieux opérant à partir de ces pays (Ouganda,
Rwanda, Burundi). Cette situation a favorisé l’éclosion d’une nébuleuse de
groupes armés « criminogènes », au grand dam des populations locales
qui vivent le martyr. En dehors du district de l’Ituri, les deux provinces du
Kivu sont au cœur de ces turbulences dont le « Deus ex machina »
vient d’être désigné par un rapport des experts de l’ONU.

 

C’est un secret de polichinelle que d’affirmer que le
pouvoir de Paul Kagamé (pour ne pas le citer) est plus qu’une partie du
problème qui se pose dans cette région ravagée par la barbarie humaine. Son
attitude vis-à-vis de son voisin qu’est la RDC ne laisse pas de place à l’équivoque
quant à ses intentions belliqueuses et déstabilisatrices. Il a soutenu et
soutient en RDC plusieurs mouvements centrifuges ou séditieux depuis son
arrivée au pouvoir. Les mouvements soutenus par Kagamé ont un profil ethnique
rwandophone et ne cachent pas que leur but est de protéger les intérêts de ces
populations établies sur le territoire congolais. Ainsi les intérêts
communautaires apparaissent en filigrane derrière les revendications d’un
mouvement comme le Cndp de Laurent Nkunda ou de son succédané qu’est le fameux M23
qui fait parler de lui en ce moment.

 

La première question qui vient tout de suite à l’esprit est
celle savoir pourquoi les populations rwandophones (qui sont
ultra-minoritaires) sont les seules au nom desquelles les armes sont portées,
les seules au nom desquelles Paul Kagamé envoi ses commandos appuyer le M23.
Car la constitution actuelle de la RDC offre des garanties de nationalité et d’établissement
à toutes les minorités congolaises. Les rwandophones du Congo sont des
compatriotes à part entière, ils ont toute leur place au sein de la nation. Certes
il y a les impondérables conflits locaux ou les conflits des terres entre les
communautés riveraines comme il en existe dans beaucoup de pays du monde, mais
ils se résolvent par le dialogue et l’équité démocratique.

 

De ce point de vue, il est clair que c’est bel et bien l’interventionnisme
du pouvoir de Kigali qui attise les flammes dans une situation déjà compliquée
par l’installation depuis bientôt 20 ans ( !) d’importantes populations
hutu rwandaises après le génocide de 1994. L’une des conséquences de cet interventionnisme
de Kigali c’est l’exportation de la dualité ethnique rwandaise en RDC, ce que
Colette Braeckman appelle les « métastases du conflit rwandais ».
Tout se passe comme si Kigali pariait sur la montée de la xénophobie et voulait
capitaliser la haine ethnique pour pouvoir conduire à une « rupture »
radicale de la part de certaines communautés, ce qui permettrait de justifier les
revendications irrédentistes. D’ailleurs un discours à peine voilé commence à
fuser dans ce sens.

 

Aussi, la seconde question qui vient à l’esprit est « que
cherche Paul Kagamé au Congo ? » Il est évident (et connu) que l’exploitation
illégale des ressources naturelles de la RDC est une motivation importante de l’oligarchie
militaro-politique rwandaise. Une économie parallèle fondée sur le pillage des
richesses congolaises prospère à Kigali et à Kampala, et elle enrichit à
outrance une bourgeoisie qui soutient ces régimes. Ainsi l’idée de pouvoir un
jour capter « officiellement » cette région dans l’orbite rwando-ougandaise
fait son bonhomme de chemin. Cet objectif va de pair avec les désordres
congolais (inefficacité de l’état et de l’armée, confusion politique,
rebellions armées etc.)

 

Le pourrissement de la situation profite à Kigali qui trouve
en ces populations rwandophones du Congo des alliés de circonstance. La stratégie
est celle de la victimisation qui vise à profiler ces populations comme étant
tout d’abord « rwandophones » avant d’être « congolaises ».
L’identité et la solidarité ethniques avant celle de la nation. Dans cette
optique, les populations sont instrumentalisées par une forme de solidarité
ethnique sans frontières. C’est ainsi par exemple que dans l’armée congolaise un
commandement parallèle, ayant des accointances « externes », a existé
au sein des troupes théoriquement brassées. Ceci a rendu l’armée inefficace et a
généralisé la méfiance en son sein. Du reste, les « mutins » du M23
sont des transfuges du Cndp, c’est-à-dire une création de Kigali, sans qui ils
n’auraient pas fait le poids devant les Fardc.

 

L’objectif de Kagamé apparait aujourd’hui au grand jour :
avoir une mainmise sur tout ou partie des provinces du Kivu et leurs richesses.
Pour cela, il mise sur la défection à terme des populations rwandophones
plongées dans la tourmente des conflits communautaires locales, désignées à la
vindicte populaire car accusées de duplicité, ciblées par la haine ethnique
montante que nos hommes politiques n’osent pas combattre courageusement. Il est
déjà le mentor de leurs milices ; en aggravant la situation, il apparaitra
comme le protecteur de toutes leurs communautés ; forçant la rupture du
pacte national, comme Hitler avec les colonies allemandes des sudètes…

 

Ce n’est pas la diplomatie « munichoise » et
hypocrite des occidentaux qui peut arrêter le rêve qu’il caresse chaque matin
en se rasant. Le mépris de la vie de millions d’hommes et de femmes dont on l’accuse
ne le rend pas infréquentable, au contraire… Si rien n’est fait pour arrêter
les projets immodérés de cet homme, nous allons au devant des drames
inimaginables.

 

Mais ce qui est sûr c’est que les Kivu ne seront jamais « les
Sudètes », le pacte national de sera pas rompu par des intérêts extérieurs
à notre nation. Que ceux qui ambitionnent de bousculer les frontières d’un état
pacifique se souviennent des leçons de l’histoire : la guerre de cent ans
en Europe avait fini par s’achever sans que personne n’en soit réellement sorti
vainqueur. Car au bout du compte la France est restée ce qu’elle est, l’Angleterre
aussi.

Tous ces morts pour rien…



25/08/2012
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