Le Blog de Charles Kabuya

LE DUR SEVRAGE DES POUPÉES RUSSES... À propos du découpage territorial en RD Congo

RDC-26-provinces.jpg

 

La RDC dans sa configuration administrative actuelle possède les provinces les plus vastes du continent africain, voire du monde. En effet, en examinant ces quelques chiffres il apparaît clairement qu'il y a une disproportion territoriale des 11 provinces actuelles pour un pays qui n'est pas fédéral:
La Province Orientale avec ses 503.293 Km², est aussi vaste que l'Espagne, le Cameroun (475.442 Km²) et la Suède (449.964 Km²).
Les Provinces du Katanga et de l'Equateur, avec 496.877 Km² et 403.282 Km², sont plus étendues que : le Japon (377.801 Km²) ; la Côte d'Ivoire (322.462 Km²) ; l'Italie (301.278 Km²).
Le Bandundu, qui a 295.580 Km² est plus étendu que Royaume Uni (244.100 Km²) et la Roumanie (237.500 Km²).
Le Kasaï Oriental, le Kasaï Occidental et le Maniema, avec 169.886 Km², 156.967 Km² et 132.250 Km² sont plus vastes que la Corée du Nord (120.538 Km²) ; la Corée du Sud (99.221 Km²) ; le Portugal (92.072 Km²).
Le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et le Bas-Congo avec respectivement 69.130 Km², 59.483 Km² et 53.920 Km² dépassent largement les Pays-Bas (34.182 Km²) ; la Suisse (41.418 Km²) ; la Belgique (30.518 Km²).
Enfin, la ville de Kinshasa, avec ses 9.965 Km², est 3 fois plus étendue que le Luxembourg (2.586 Km²).

Il est clair qu'avec de telles proportions il est pratiquement impossible d'assurer une administration proche des populations, et d'avoir une efficacité dans l'organisation économique et le développement. D'ailleurs ces provinces titanesques croupissent dans une misère qui favorise l'exode rural, tandis que l’inefficacité de leur gestion contribue à la stagnation et au mal développement du pays.

Cette situation avait d'ailleurs été déjà prise en compte par la constitution adoptée par référendum en 1964, et qui avait institué 21 provinces. Mais cette constitution fut mise au rebut une année plus tard après le coup d'état du général Mobutu. C'est ainsi que le pays sera doté durant 45 ans de ces gigantesques provinces. Au terme de cette longue période les résultats sont bien connus: le pays n'a presque pas évolué, l'administration reste rudimentaire et des zones où le contrôle de l'état n'est pas effectif demeurent en grand nombre. Plus grave, il existe des coins où la civilisation tarde à pénétrer, en plein 21ème siècle!

Mais depuis le vote et la promulgation récente de la loi sur le découpage territorial qui institue 26 provinces, cette question suscite moult controverses et oppositions. Cela peut paraître compréhensible d'une certaine manière, un bouleversement administratif après 45 ans ça ne passe pas comme une lettre à la poste. Des identités se sont créées, c'est ainsi que certains évoquent l'attachement affectif à leur entité provinciale d'origine, alors même que nos provinces sont des fictions coloniales. Le Katanga par exemple est né d'un découpage effectué par les belges autour du "copper belt" (la ceinture du cuivre) et des richesses minières, c'était leur Congo utile dont ils avaient d'ailleurs soutenu la tentative de sécession. D'autres évoquent la résurgence du tribalisme et du divisionnisme. Ce sont bien-sûr des dangers réels, mais l'enjeu du développement et l'objectif du progrès économique et social doivent prévaloir sur les attitudes conservatrices et les actions négatives. Enfin, il y a ceux qui évoquent le manque de moyens et l'impréparation à la prise en main des nouvelles entités provinciales. C'est un constat réel, mais doit-il pour autant nous rebuter? 

À mon sens, la question n'est pas de procéder ou non à ce découpage territorial, car c'est une évidence et une nécessité; mais plutôt de s'interroger sur le mode opératoire du processus engagé et sur la manière de le réussir. En effet, il subsiste un certain nombre de questions non résolues dans quelques provinces, elles tiennent le plus souvent au découpage lui-même au sein de ces entités. D'autre part, de nouvelles difficultés ne tarderont pas à surgir lors de la mise en place et du fonctionnement des nouvelles provinces. Des antagonismes locaux peuvent gripper la machine car nous sommes face à une sorte de problématique des "poupées russes", dans le sens où à chaque échelon administratif il risque de surgir des difficultés, des antagonismes claniques ou politiques, sans parler des intérêts égoïstes des petits chefs locaux. Enfin il faut également évoquer les questions liées aux infrastructures partagées et à la coopération entre les nouvelles provinces qui ne seront pas les moindres.

Afin de polir les aspérités et réguler les nouveaux rapports intra et inter provinciaux, il me semble que le législateur aurait été bien inspiré de maintenir une sorte d'organe à vocation consultative qui serait un "Conseil régional transitoire" au sein duquel seraient aplanies les difficultés générées par la mise en place du processus de découpage. En outre, ce "Conseil régional transitoire" éviterait une rupture trop brutale entre "ex-coregionaires" qui continueraient s'y consulter...

Espérons que l’efficacité sera au rendez-vous après la nécessaire période transitoire. Car même découpées ainsi, la plupart des nouvelles provinces restent plus vastes que des pays comme le Togo, le Benin ou le Libéria. 
Et en comparaison, la France qui est 4,5 fois moins vaste que la RDC compte 27 régions...



28/03/2015
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 72 autres membres