Le Blog de Charles Kabuya

DEVELOPPEMENT COMMUN OU MUTATION DES STRATEGIES DE PREDATION? (A défaut du territoire, partageons vos richesses!)

 

Alors que le microcosme politique de la diaspora congolaise connait des remous à cause du controversé et comique "Traité de Nice", signé entre un groupe de congolais de la diaspora et une obscure organisation lobbyiste (consistant en la cession à bail de certains territoires du pays en échange d'une aide pour le renversement du pouvoir en place) , il est important de rappeler que les convoitises sur les potentialités de la RDC se présentent sous de multiples formes, adoptent plusieurs visages ainsi que des stratégies avenantes. Dans cet extrait de mon livre, j'évoque quelques approches initiées par certaines personnalités occidentales et des groupes de pression, notamment le projet dit "Amphytéose Moanda" qui n'est pas éloigné de celui évoqué dans le fameux "traité"...

 

Le conflit résiduel de la région des Grands-Lacs ayant comme moteur les richesses naturelles du Congo, des plans ont été échafaudés pour permettre de sortir de la crise par le truchement d’une sorte de réorganisation économique de la région. Quelques-uns de ces plans ont pour caractéristique de considérer que les richesses congolaises doivent être partagées avec certains pays voisins et, par ricochet, avec certains intérêts occidentaux présents dans la région. Cette exploitation commune doit se faire nonobstant la souveraineté du Congo qui doit se voir imposer une sorte d’obligation à adhérer à cette conception « communautaire » du développement.

 

 

La première esquisse en ce sens fut dessinée par l’ancien Secrétaire d’Etat américain, Herman Cohen. Dans son article « Can Africa Trade Its Way to Peace ?» paru le 16 décembre 2008 dans le New York Times, il avait présenté un « plan de fin de guerre » à l’est du Congo qui devait faire de la région des Grands-Lacs un « marché commun ». Selon lui, cette organisation, avec la libre circulation des personnes et des biens, permettra aux pays limitrophes (suivez mon regard !) d’accéder aux matières premières du Kivu, et en même temps à l’Etat congolais de prélever des taxes sur ce trafic légal. De plus, ce plan prévoyait la captation officielle du Kivu dans la sphère économique orientale de l’Afrique, notamment par l’utilisation des ports de la côte est au détriment des voies d’évacuation situées à près de deux mille kilomètres à l’ouest du pays (ce qui se passe déjà dans les faits). Cette vision est conforme aux intérêts anglo-saxons qui parrainent certains régimes de la région. Pour eux le sort du Congo est secondaire et ils ne verraient pas d’un mauvais œil sa partition afin de s’accaparer des territoires les plus riches.

 

 

Une seconde tentative de présentation d’un plan de « paix » consacrant la vocation de pourvoyeur de richesses du Congo fut faite par le président français, Nicolas Sarkozy qui, lors de la présentation des vœux annuels du corps diplomatique le 16 janvier 2009 à Paris, avait évoqué dans son discours le Rwanda comme un « pays petit à la démographie dynamique et à la superficie petite », tandis que le Congo était décrit comme « un pays à la superficie immense avec une organisation étrange des richesses frontalières ». Il n’en fallut pas plus pour qu’un tollé soit soulevé au Congo et au sein de la diaspora. Les milieux politiques et intellectuels étaient en émoi et la visite prévue de Nicolas Sarkozy à Kinshasa sembla même compromise. Le président français, tout penaud, dû reculer en « précisant sa pensée » qui, selon lui, ne remettait pas en cause l’intégrité territoriale du Congo et n’allait pas à l’encontre de ses intérêts vitaux.

 

 

Au vu de certaines de ses initiatives en Afrique, on peut estimer que l'ancien président français était peu au fait de la géopolitique africaine et que sa perception du conflit des Grands-Lacs a été altérée par sa volonté de se réconcilier à tout prix avec le pouvoir rwandais. Ce qui est étonnant c’est qu’il a semblé vouloir sacrifier les intérêts du plus grand pays francophone au monde après la France.

 

 

Les richesses de la RD Congo ont inspiré à certains intérêts extérieurs plusieurs projets industriels, économiques et politiques. Le projet le plus controversé est celui de « l’Emphytéose Moanda » qui est porté par des promoteurs belges et, semble-t-il, soutenu par certains états occidentaux. Il propose de céder en location par un bail emphytéotique de 99 ans le territoire de la rive droite de la province du Bas-Congo à un consortium d’Etats industrialisés. Ce consortium développerait la région en installant des industries autour du potentiel hydroélectrique du site d’Inga, situé à proximité. Il construirait aussi le « Canal Congo », une série de canaux et d’écluses qui permettront de contourner les rapides et rendraient le fleuve navigable de l’embouchure jusqu’à Kisangani, en passant par Matadi, Kinshasa, Mbandaka. Enfin, le consortium paierait un loyer mensuel à l’Etat congolais qui à terme pourrait avoisiner les 1,2 milliards de dollars, soit près de 15 milliards de dollars par an ! Mais pour ce prix, la RDC devrait hypothéquer sa souveraineté sur ce territoire qui serait alors dirigé par un gouverneur nommé par le consortium. Quant à la population, sa situation serait régie par les règles internes mises en place par l’autorité du territoire qui disposerait de son administration publique, de sa police et de sa monnaie (on a évoqué l’euro). « L’Emphytéose Moanda » est inspiré du régime qui a administré des territoires comme Hong-Kong ou Macao.

 

 

Ce projet a suscité l’indignation d’un grand nombre de congolais, d’autant plus qu’il justifie sa nécessité par l’existence d’une instabilité politique en RD Congo, ce qui ne permettrait pas de sécuriser les investissements dans le cadre souverain du pays. Il procède ainsi par le mépris des congolais et vise uniquement les richesses du territoire. Il présente en outre un grand danger pour la souveraineté de la RDC car il place l’unique accès du pays à la mer sous le contrôle d’une entité étrangère. Souvenons-nous que Stanley avait déclaré que « sans l’accès à la mer, le Congo ne vaut pas un penny ». D’ailleurs, le même Stanley avait déjà proposé l’idée de la création d’un « Bassin commercial » avec ce qu’il appelait un « Delta commercial » à l’embouchure du fleuve Congo.

 

 

Comme on le voit, la volonté d’imposer une sorte de droit à l’exploitation sur les richesses du Congo a toujours existé, ce qui exige une vigilance des congolais et des africains épris de paix. Ces plans de balkanisation du pays se sont heurtés jusqu’à présent à la volonté farouche des congolais de vivre au sein d’une même nation. L’abandon des visées exorbitantes sur la RD Congo et des actes déstabilisants est le prix à payer pour une nouvelle donne en Afrique centrale.

 



30/01/2013
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