Le Blog de Charles Kabuya

DEBAT autour de la question de l'unité du Congo. (Réponse à Jean-Napoléon françois Bondekwe)

 

Dans mon ouvrage j'ai exactement soutenu que la responsabilité première de la faillite du Congo nous incombe, à nous congolais... En fait c'est une faillite des hommes congolais, dont la classe politique est l'émanation. Nous avons l'une des classes politiques les plus médiocres au monde; et en remontant plus loin jusqu'à l'indépendance de notre pays, nous retrouvons les mêmes comportements caractérisés par la trahison des idéaux patriotiques, l'égoïsme, la cupidité, la légèreté et l'incompétence. N'eût été la persévérance des nationalistes qui ont combattu les sécessions et le fait que Mobutu (issu de la mouvance nationaliste), malgré qu'il fut autocrate, avait fait de l'unitarisme son crédo, le Congo aurait éclaté depuis belle lurette. Les tentatives récentes de balkanisation avaient échoué grâce aux appuis obtenus par L-D Kabila (Sadc). Mais les tenants de la théorie selon laquelle la RDC est ingérable dans ses dimensions actuelles et qu'il faut la dépecer sont toujours actifs. C'est la qu'il faut que nous soyons à l'heure actuelle vigilants. Si les ambitions et les antagonismes des hommes politiques les poussent à créer le chaos dans la lutte pour le pouvoir, ils donneront du grain à moudre aux ennemis de l'unité du Congo. Tous les enfants du pays doivent, malgré l'adversité politique inhérente à la démocratie, ne pas tergiverser sur les principes fondamentaux qui fondent notre unité. Cette unité (ou ce nationalisme) qui fait notre force et fait "échec et mat" aux apprentis-sorciers qui lorgnent sur nos richesses...
 
Je pense qu'il faut aller encore plus loin, c.à.d. s'attaquer aux causes et se remettre en question: pourquoi sommes-nous si faibles et corruptibles par les étrangers? Pourquoi sommes-nous les fossoyeurs de notre propre pays?... Tant que le congolais ne se sera pas attaqué à ses propres démons, il restera la proie des prédateurs car le monde est cynique: les plus faibles se font dévorer par les plus forts. Et justement à l'est du Congo nous sommes bousculés par des tous petits pays qui sont mieux organisés que nous. En 1964, Moïse Tshombé, le sécessionniste devenu premier ministre, disait que" le Congo a beaucoup d'ennemis, et queques amis honteux..." Cela est encore vrai aujourdhui car notre attitude gêne même nos quelques amis... Les antivaleurs ont submergé notre société faisant de nous une nation déboussolée sur le plan moral et éducatif. Cette dégénérescence peut conduire à notre perte ou à notre recolonisation économique dans un semblant d'Etat souverain. Vous avez également raison de pointer du doigt les phénomènes centrifuges tels que Bundu dia Kongo ou la tentation fédéraliste qui dans le passé avait conduit aux sanglantes sécessions de triste mémoire. Souvenons-nous qu'à la Conférence nationale c'est une constitution fédéraliste qui avait été adoptée. Tout cela pour permettre à des politiciens assoiffés d'avoir beaucoup de pouvoir (et d'argent) dans leurs régions respectives. Comme quoi la démocratie seule ne nous préservera pas du danger d'éclatement visant l'instauration d'un développement séparé des provinces cher à certains ennemis de notre unité. Il faut une vigilance permanente et beaucoup de pédagogie patriotique...
 
Voilà un sujet sur lequel je pense qu'il faut qu'on ne transige pas: celui de l'UNITE CONGOLAISE. Car contrairement à ce qui est dit, la conscience nationale congolaise existe bel et bien. Et c'est elle qui a sauvé notre pays de l'éclatement souhaité par de nombreuses puissances et autres intérêts économiques. Le Congo est composé de diverses entités ethniques (essentiellement bantoues) qui ont été embarquées dans un destin commun depuis le création de l'Etat Indépendant du Congo en 1885 par Léopold II. Ce destin commun de colonisé a été une réalité vécue dans leur chair par les populations congolaises soumises indistinctement aux lois esclavagistes léopoldiennes, puis à la méprisable condition d'indigènes sans droits sous la férule du royaume belge. Des millions de morts (holocauste) ont jaloné l'histoire de ce pays et rien qu'en leur mémoire, nous devons continuer à édifier la nation pour laquelle ils sont tombés... Dans cette édification, l'unitarisme est seul à même d'apporter le ciment nécessaire à la consolidation de notre nation, en projetant en avant la conscience nationale avant toute autre considération particulariste ou tribale. Le modèle fédéraliste est un piège à plus d'un égard, mais surtout il porte en germe la division dans la mésure où il privilégie les particularismes et favorise le repli sur soi. Mais il présente aussi des réelles difficultés dans une éventuelle mise en oeuvre. Pour commencer, le découpage devra se faire sur une base ethnique ou tribale ce qui est un recul par rapport aux avancées réalisées dans notre pays sur le plan de la coexistence entre différentes ethnies au sein d'une même province. N'oublions pas que la RDC est un pays aux dimensions sous-continentales, mais elle est exempte d'antagonismes ethniques comme chez nos voisins plus petits. Ensuite le regroupement sur une base ethnique favorisera l'emergence de nouveaux conflits "intra-ethniques" (Bayombe contre Ntandu etc...) pour le contrôle du pouvoir dans la province devenue autonome. Enfin, la mixité ou la poly-mixité sera source de nouveaux problèmes (un enfant dont les grands-parents maternels sont luba et mongo, et les paternels lokele et nande se reconnaitra dans quelle province?) Je crois que toutes ces questions sont à dépasser lorsqu'une nation s'édifie. C'est un retour en arrière que de vouloir mettre en avant les particularismes ethniques. Nous devons protéger et promouvoir les cultures locales à travers des politiques bien ciblées. L'inéfficacité actuelle des politiques et de la gestion de notre pays provient de l'incapacité de la classe politique congolaise et non du modèle unitaire.
 
La tentation fédéraliste est une construction intellectuelle et elle n'est fondée sur aucune demande des populations congolaises, et encore moins sur une nécessité politique quelconque qui soit avérée. Du reste, ce sont des leaders politiques qui, dans leurs ambitions politiques souvent démesurées, ont toujours voulu l'imposer contre l'avis des populations. Au Katanga, la Conakat avait été créée pour instrumentaliser la population contre ce qui était perçu comme l'hégémonie luba dans la province. D'ailleurs les baluba du Katanga se désolidarisèrent très vite de Tshombé et sa clique, qui ne furent soutenus que par les belges pour les raisons que l'on sait. Chez les luba du sud-kasai, la sécession fut l'oeuvre des hommes politiques qui avaient échoué sur le plan national (Kalonji et Ngalula) et qui profitèrent de la tragédie du conflit kasaien pour créer leur Etat sans demander l'avis de la population. Enfin, chez les Kongo la vélléité d'irrédentisme fut surtout un moyen de chantage pour permettre aux hommes politiques issus de la province d'obtenir des positions importantes au niveau national. Le deal était clair: Si Kasa-vubu n'était pas président, on fait la sécession... D'ailleurs, il faut se demander pourquoi toutes ces tentatives échouèrent, car les nationalistes étaient marginalisés et assassinés. Plus symbolique, Tshombé et Kasa-vubu se retrouvèrent au pouvoir (l'un président et l'autre premier ministre) mais ils n'arrivèrent jamais à faire du Congo un état fédéral, avec un dévéloppement séparé des provinces. Pourquoi? C'EST PARCE QUE LA POPULATION NE SUIVAIT PAS ET N'A JAMAIS DEMANDE L'INSTAURATION DU FEDERALISME. C'est certain que s'il y avait un référendum aujourd'hui sur la question, les congolais rejeteront massivement le modèle fédéraliste...
Il faut cesser avec le fantasme de l'ethnie. Nous sommes dans un monde moderne où la culture prend le pas sur l'ethnique. Le Congo est multi-culturel et chaque province doit promouvoir sa culture. Mais cela ne nécessite pas la création d'états autonomes. Les pays qui pratiquent le repli communautaire n'avancent pas, on le voit avec la Belgique qui est la risée du monde entier. A l'heure où l'on avance vers l'intégration africaine, nous avons la chance d'avoir un vaste territoire totalement intégré et sur lequel s'applique la même loi. C'est justement le but recherché par le processus d'intégration africaine.
Cependant, je suis d'accord que pour être efficace, la gestion des provinces doit être largement autonome, à l'instar de ce qui se fait en France avec les conseils généraux et régionaux. Lorsque les dirigeants sont honnêtes et compétents, nul n'est besoin de recourir à des artifices basés sur des considérations éthniques d'une autre époque. Aimons nos cultures, protégeons-les, mais restons unis... Je t'apprécie beaucoup JFNB, et je n'ai même pas envie de connaitre l'ethnie dont sont originaires tes parents (toi tu n'y es pour rien). Tu es congolais, et tu es mon frère, ça me suffit...
 
En parlant de modèle occidental qui nous fascine, il me semble bien que le fédéralisme est un système d'organisation politique justement occidental. Lorsque je parle de construction intellecuelle c'est dans le sens où des politiciens ont forgé ce concept à l'usage de l'Afrique pour se doter de positions politiques favorables dans des bastions qui leur sont acquis. Je dirai encore - au risque de me repéter-que ce système ne répond à aucune nécessité politique avérée, et encore moins, à une volonté populaire.
Les nations se forgent par agrégation progressive de populations (dont les conquêtes, les guerres ou les alliances) qui vivent une déstinée commune. C'est un processus lent et parfois très long, et il peut être émaillé de violences. Les nations française, allemande ou américaine se sont forgées ainsi, et dans ce dernier pays il y a même eu une mémorable guerre de sécession. Si les USA existent aujourd'hui c'est p.c.q. des américains ont fait couler leur sang pour l'unité contre les sécessionnistes du sud... En France, malgré la tradition centralisatrice, la violence de la révolution de 1789 et la riche histoire nationale, des sons discordants se font encore entendre en Corse et un tout petit peu en Brétagne.
L'histoire de la nation congolaise reste dans cette logique des nations qui se forgent à partir d'un vécu et d'un destin commun. La nôtre commence effectivement avec l'intégration des chefferies "indigènes" dans l'Etat Indépendant du Congo créé par Léopold II. Le flot de sang et de larmes versés a fait naître une conscience nationale qui reste à ce jour inébranlable sur son fondement, malgré les vicissitudes politiques. Encore une précision: s'il n'existait que des associations tribales avant l'indépendance, ce n'est pas de la faute des congolais: c'était le seul type d'organisation toléré par les belges. En effet, les partis politiques étaient interdits dans la colonie jusqu'en 1958, contrairement à ce qui se passait dans les colonies françaises et anglaises.
Personnellement je n'ai aucun problème d'identité, je sais que je suis congolais de coeur et de sang, et cela me suffit. J'aime les cultures locales de mon pays car j'ai vécu dans plusieurs provinces au cours de ma jeunesse. J'ai un certain attachement pour certaines (et pas pour une en particulier...) Si quelqu'un éprouve le besoin de s'identifier principalement à une certaine origine ethnique, cela est noble et respectable, car la mémoire et la culture ancestrale doivent garder une place importante dans notre vie nationale...
 
 
On y arrive avec l'exemple de l'UE. L'objectif de cette organisation est justement l'intégration européenne c.à.d. l'intégration des nations qui ont eu chacune son histoire et son évoution. Ce sont des nations à part entière et qui se sont même fait la guerre durant des siècles ( les conflit médiévaux, la guerre de cent ans etc... et plus près de nous les deux grands conflits mondiaux) Aujourd'hui on veut leur intégration avec à la clé un seul marché, une seule loi, et l'objectif visé à long terme est celui du gouvernement européen. Or en RDC nous avons déjà un seul marché, une seule loi et un gouvernement. Faudrait-il reculer pour faire plaisir aux tenants du fédéralisme, alors même que l'Union africaine vise elle aussi l'intégration des nations africaines avec les mêmes objectifs? Faudrait-il créer artificiellement des "nations" en RDC? promouvoir la conscience ethnique au détriment de la conscience nationale? En tant que patriote aimant mon pays, je me vois mal apprendre à mes enfants qu'ils sont différents de leurs voisins ou copains parce que originaires de telle ou telle ethnie. Je leur apprend qu'ils sont congolais, point barre!
Je suis démocrate et je suis pour la liberté. C'est pourquoi je suis pleinement convaincu qu'un référendum sur la question démontrerait que le peuple congolais opte pour l'unité.
Cela dit, je n'exclus pas que les politiciens congolais puissent être manipulés de l'extérieur pour un jour provoquer l'adoption du fédéralisme, voire éclatement du pays (toutes les tentatives ont toujours été soutenues de l'extérieur, d'où leur échec car les populations n'ont jamais adhéré) Tout est possible car les politiciens congolais sont parfois stupides, souvent cupides et toujours assoiffés de pouvoir...
Mes convictions sont fondées sur des réalités vécues car contrairement à beaucoup de monde dans la diaspora, j'ai des activités au Congo et je palpe la réalité...


07/02/2011
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