Le Blog de Charles Kabuya

A PROPOS DE LA POLITIQUE MONÉTAIRE DE LA RD CONGO (Echange avec Noël K. Tshiani)

 

 

Il est vrai qu’en matière d’économie monétaire, beaucoup de paramètres échappent aux autorités monétaires congolaises (BCC, ministère des finances...) Dans un récent article relevé par Noël K. Tshiani, il est évoqué les divergences qui existent entre le gouvernement congolais et la Banque Centrale Congolaise (BCC) quant aux taux d’intérêt appliqués au crédit par les banques commerciales. Alors que le taux directeur de la BCC est fixé actuellement à 4%, les banques privées s’accordent des prodigalités qui titillent les 25% de taux d’intérêt appliqué au crédit débiteur en monnaie nationale et 15% en dollars USD. Ces taux d’intérêt paraissent considérablement excessifs (ils étaient de 38% et 22% naguère) alors même que l’inflation semble maîtrisée. Ils s’expliqueraient par de nombreux paramètres, spécifiques à notre pays, qui sont pris en compte par les banques commerciales.

 

Ce point de vue amène à se poser des questions sur cette spécificité congolaise évoquée par les banques. Il y a lieu de penser qu’elles estiment, d’après leurs paramètres indiciaires, que les risques liés au crédit sont encore trop élevés. De même, les mécanismes de garantie sont encore rudimentaires, d’où par exemple le recours presque systématique au crédit hypothécaire. Dans ces conditions, les banques commerciales ne distribuent du crédit qu’avec une extrême pusillanimité, et sur des volumes forcément limités (d'autant plus que la BCC exerce une régulation par le plafonnement du crédit). Et on peut imaginer que ne pouvant pas faire de profits d’échelle en la matière, elles compensent nécessairement par des taux d’intérêt élevés.

 

Cependant, la caractéristique la plus frappante de l’économie congolaise est sa dollarisation, qui est directement liée à la mauvaise santé de l’économie du pays depuis plusieurs décennies.  Elle a été avalisée par une autorité monétaire privée de devises dans un pays qui ne produisait plus et n’exportait plus grand-chose. Mais la circulation concomitante de deux monnaies fausse le jeu et amène à cette dualité des taux d’intérêt. Cette dernière trahit  à son tour l’existence d’une dualité économique : l’"économie réelle", une sorte de « sous-économie » en phase avec les réalités socio-économiques, caractérisée par une part prépondérante de l'informel et une faible contribution au PIB; et la « supra-économie », celle des secteurs les plus juteux (industries extractives, télécommunications etc.), plus ou moins régulés, qui génèrent des revenus conséquents, contribuant ainsi au récent boom de la croissance. Mais elle recouvre aussi divers circuits financiers plus ou moins licites, ou encore les surfaces financières volatiles… Les deux univers ne s’interpénètrent pas, mais se superposent et possèdent des tropismes différents…

 

Mais cela n'est-il pas le propre des pays ayant un profil économique comme le nôtre?  C’est à dire caractérisé par une part exorbitante de l'économie informelle, avec comme corollaire un faible taux de bancarisation. Dans ces conditions, le recours à la monnaie-refuge (dollars) est un réflexe difficile à annihiler car c'est le seul garant de l'accumulation dans un contexte macroéconomique qui, bien que  sensiblement stabilisé, est tout de même intrinsèquement fragile... D’ailleurs, il a été justement souligné que la Banque Centrale ne contrôle qu’une infime part de la masse monétaire qui circule dans le pays, ceci à cause notamment de la thésaurisation liée à l’économie informelle. Toutefois, ces dernières années le taux de bancarisation dans le pays a considérablement progressé, et même s’il reste modeste comparativement à celui de beaucoup de pays africains, il est dans une courbe ascendante, ce qui préfigure une croissance soutenue des activités des banques commerciales. De la même manière, les services bancaires s’accroissent, notamment les opérations électroniques, permettant aux banques de diversifier l’offre des produits financiers ainsi que leurs sources de revenus.  De nombreux établissements financiers ont flairé les promesses du marché bancaire congolais et ont commencé à s’installer en RDC.

 

Il incombe au gouvernement de définir une politique monétaire qui sert les intérêts économiques du pays. Les récentes crises en occident ont démontré que la dérégulation du secteur bancaire était à la base de cette situation qui a mis en danger les économies des plus grands pays. A fortiori, un pays jeune et pauvre comme la RDC se doit d’adopter une politique de régulation permettant à la fois l’épanouissement du secteur bancaire et la protection d’une économie encore en gestation. Or, il y a lieu de penser qu’au cours des années à venir, le secteur bancaire va s’étoffer et prendre une place considérable dans l’économie du pays. Mais, les banques commerciales (privées) servent par essence leurs propres intérêts, elles n'ont pas de mission de service public, d'où justement les divergences au sujet du taux directeur de la BCC et des taux d'intérêt non corsetés qu'elles appliquent au crédit. D’autre part, comme l’a si bien souligné N. K. Tshiani, l’actionnariat des banques commerciales  de la RDC est principalement étranger. Ce profil extraverti a une incidence majeure sur la politique monétaire du pays  dans ce sens que ces institutions  ne répondent pas avec la sensibilité voulue aux orientations économiques du gouvernement.

 

Dans le cadre de sa politique d'encadrement du crédit et par rapport aux objectifs de financement de l’économie, l’état devrait se doter de moyens d’action plus directs, des leviers pouvant lui permettre d’agir au cœur de l’économie réelle. Par exemple, il serait plus intéressant pour le gouvernement de songer à la création d'une puissante institution semi-publique (sur le modèle de la Banque Postale en France) qui serait chargée de distribuer du crédit aux particuliers et aux entreprises. Cette même institution pourrait récolter l’épargne par le biais d’un livret rémunérateur et populaire, et aussi prendre des participations dans des projets économiques d'intérêt général (infrastructures, logement etc...)

En bref, l’état pourrait ainsi financer l'économie concurremment avec le secteur privé...



28/02/2013
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